Le projet Artistique
 Choix des Textes & notes de mise en Scène

Rendre compte de toutes les "couleurs", de tous les styles des récits abordés par Edgar Poe ; rendre compte (malgré, ou grâce à cette diversité) de la vision unitaire du poète sur le monde et sur l'humanité ; rythmer justement la soirée, et placer judicieusement les "histoires" dans les différents sites du Fort de Bron : voilà ce qui a présidé aux choix des neuf "Histoires Extraordinaires" parmi les quelques soixante-dix qu'Edgar Allan Poe a publié...


La Lettre Volée : Ce récit faire partie du triptyque des histoires policières dans lesquelles Dupin (précurseur et modèle de Sherlock Holmes et d'Arsène Lupin) résout par une méthode poétique des énigmes qui déroutent le préfet de police Gisquet. Deux hommes, deux manières de voir le monde.

William Wilson est un des récits "fantastiques". William Wilson, est poursuivi dès l'enfance par un double (un père ?, une conscience ?) qui intervient pour le remettre sur la "bonne voie" chaque fois qu'il s'égare dans le mal. Las de ce harcèlement William Wilson tuera son double, et :
"… mourra ainsi au monde, au ciel et à l'espérance…"

C'est sans doute le plus autobiographique des écrits d'Edgar Allan Poe. Le "double", très présent dans notre spectacle, est un thème Dostoïeveskien, obsessionnel chez Poe.

La Barrique d'Amontillado est un autre des grands récits "fantastiques".
On y entend l'angoisse mais aussi la fascination de Poe pour la mort, la mort en toute conscience, en toute lucidité.
Le jour du Carnaval une femme conduit un homme dans sa cave pour avoir son avis de spécialiste sur un vin d'Amontillado acheté à grand prix. La femme très affable, projète pourtant de se venger de l'homme, qui jadis l'a humiliée. La visite les fait traverser le caveau de famille de la dame, caveau jonché d'ossements et de pierres tombales. Elle "emmurera" l'homme, vivant.

Conversation d'Eiros avec Charmion : Edgar Allan Poe, s'est beaucoup intéressé à la cosmologie. Le retour à l'unicité d'avant le big-bang était une aspiration métaphysique pour lui. Ce récit, que l'on qualifierait de littérature de Science Fiction aujourd'hui, nous transporte dans l'au-delà, où ont lieu les retrouvailles de Charmion, mort il y a dix ans, et de son amie Eiros fraîchement arrivée dans cet Eden. Elle aussi est morte, et avec elle, le monde : une comète a frappé de plein fouet notre planète en la pulvérisant.
Le récit de Eiros est poignant, c'est une des plus belles pages poétiques de Poe. Récit prophétique ? La prochaine comète "dangereuse" pour notre planète, est prévue pour Juin 2010…


Suivent trois courts récits, trois images de femmes, que nous traitons comme des entre-sorts. L'entre-sort était, dans les fêtes foraines du XIXe siècle, un ensemble d'attractions fantastiques, (femme sans tête, homme-tronc etc.…), que l'on observait en déambulant parmi elles. On entrait, et… on sortait !
Sur cette étape du spectacle, comme sur d'autres (notamment Conversation d'Eiros et Charmion, traité comme un spectacle magique de foire), nous nous assurons la complicité et le talent de Jean Régil, magicien.


La Vie Dure fait partie des contes peu connus des lecteurs français, car peu ou pas traduits par Charles Baudelaire. Dans ce type de récits, Poe fait montre d'un humour caustique et d'un esprit que n'auraient pas reniés les surréalistes.
Psyché Zénobia, a eu la tête coupée par l'aiguille de l'horloge d'une cathédrale gothique, alors qu'elle admirait le paysage à travers la lucarne de l'édifice. Miss Zénobia était accompagnée de son "nègre" Pompey et surtout de son petit caniche adoré. C'est sa tête détachée de son corps qui conte aux spectateurs, avec précision et… soulagement (!), sa "mésaventure".

Le Portrait Ovale : La femme très belle d'un peintre, pose de longues heures pour son époux. L'artiste essaie (comme Dieu le créateur) de rendre sur la toile, la prodigieuse beauté de son modèle. Quand il y parvient enfin, il constate que sa femme est morte !
L'artiste pour Edgar Poe, n'a pas à créer une œuvre d'art "réaliste" qui concurrencerait la création divine. C'est une "reconstruction" poétique du monde que le poète doit envisager dans son travail.

Morella est aussi un récit très autobiographique. On sait que Poe, a perdu sa mère (féérique) Elisabeth Poe, une actrice, et sa seconde mère (terrestre) France Allan, alors qu'il était très jeune. Toutes deux sont mortes de longue maladie. Sa très jeune femme, Virginia Clemm, (qu'il épouse à treize ans), va mourir, elle aussi de mort lente. Virginia était la cousine d'Edgar. Il a vécu longtemps avec elle et sa mère Maria Clemm. Maria était la "troisième mère" d'Edgar.
Poe raconte ici, la rencontre du narrateur avec Morella : une femme cultivée, qu'après une période d'amour fou, il se met à haïr de plus en plus. La femme dépérit, mais avant de mourir, elle met au monde une petite fille que le narrateur hésite à baptiser et à nommer. Quand il se décide enfin, il ne peut s'empêcher de souffler au prêtre le prénom : Morella. Alors, l'enfant meurt.
Quand il apporte le petit corps dans le caveau, le narrateur s'aperçoit avec effroi que le corps de Morella, la mère, a disparu…

Le Masque de la Mort Rouge : Quand les spectateurs pénètrent dans la taverne pour diner , ils aperçoivent un dandy, attablé, griffonnant nerveusement sur un "méchant" papier. A l'issue du repas, comme le faisait Edgar Allan Poe quand il voulait "tester" un nouveau récit devant un auditoire, le personnage se lève, réclame l'attention et conte Le Masque de la Mort Rouge.
Dans le château du Prince Prospéro, des nobles se sont réunis pour se préserver d'une peste envahissant le pays. Au cours d'une des nombreuses festivités, un bal masqué, apparaît une figure déguisée que personne ne connaît. Ce personnage traverse les pièces du château : quand on se saisit de lui, les nobles et le Prince Prospéro s'aperçoivent qu'aucune forme humaine ne loge derrière son masque cadavéreux et son costume. On reconnaît très vite la mort rouge et tous les convives meurent un à un.

Nous concluons le spectacle avec le premier des trois récits policiers de Poe :
Double Assassinat dans la Rue Morgue. Cette dernière scène, sera jouée par tous les acteurs, devant le public "réunifié". La manière qu'a Dupin-Poe de résoudre l'énigme de ce double assassinat est la même qu'il engagera pour résoudre l'énigme de l'Univers. Ainsi cette scène "boucle" le spectacle qui avait débuté par une phrase de Poe sur l'Unité cosmique et qui se termine ici par une réflexion sur les étoiles et leur mystère…

"J'observe les étoiles, et la nuit me paraît sans fin, mais j'en embrasse d'un seul tenant la totalité scintillante et froide. J'observe les étoiles, et la nuit me paraît sans limite. Pourtant, tout cet infini est explicable, et m'appartient…"