Après les adaptations des grands romans populaires, André Fornier avait donné une nouvelle inflexion à la Biennale de Bron en programmant "Roméo et Juliette" de Shakespeare. Un virage périlleux, que le metteur en scène a parfaitement négocié, malgré un spectacle peu convaincant en raison d'inutiles déambulations et d'une distribution pas toujours à la hauteur de l'enjeu. Pour ce septième rendez-vous avec un public de plus en plus nombreux, André Fornier a choisi "Dom Juan".
Censurée le lendemain de sa création en février 1665, "Dom Juan" est l'une des pièces les plus engagées de Molière. Elle met en scène un jeune noble, assoiffé d'absolu et révolté contre l'ordre moral, un précurseur du siècle des Lumières, affichant une vision rationnelle de la société. Face à lui, Sganarelle représente un monde en proie à l'obscurantisme religieux.
Mais l'antagonisme de ces deux univers et les références prométhéennes ont été gommées au profit d'une lecture au premier degré, plus proche des pantalonnades de la commedia dell'arte, que d'une version originale, voire plus audacieuse. Pourquoi pas? Le parti pris a au moins le mérite de la cohérence, même si l'esprit de Molière semble sacrifier sur l'autel du grand spectacle et des effets grossiers du café-théâtre.
On peut seulement regretter que cette production ne tienne pas ses promesses. André Fornier nous conviait à ce festin de pierre, comme au dernier repas de Dom Juan, où les spectateurs joueraient malgré eux le rôle d'invités. On doit se contenter d'une longue mise en scène de l'entrée du public et à l'entracte d'un lever de rideaux sur une terrasse de château, reconstituée dans la clairière du fort de Bron, où sont dressés plus de 300 couverts pour un dîner rapide et peu digne de la magnificence du personnage.
Mais le public ne semble pas lui en tenir rigueur. D'autant plus que le metteur en scène, son scénographe André Rios et le costumier Frédéric Llinarès jouent la carte du spectacle populaire et de l'humour en s'appuyant sur une distribution plus solide qu'à l'habitude, incontestablement dominée par Fabrice Pierre et Fabrice Talon.
Le premier fait de Dom Juan, un jeune dandy, volontiers cynique, hanté par une maladie qui le ronge et qui semble accélérer l'heure de sa mort. Le deuxième titre, Sganarelle, va vers un jeu plus terre à terre, accentuant ainsi le fossé qui l'écarte de son maître. Autour d'eux signalons également le trio des paysans réunissant Marie Forissier, Hélène Pierre et Stéphane Kordylas.