Tous plaisirs confondus
Tous les deux ans, le fort de Bron avec ses souterrains, ses coins de verdure et ses recoins propices aux aventures, accueille un public très large pour une fête du théâtre. Car André Fornier ne se contente pas de monter des pièces, ce qui n'est déjà pas si mal surtout si elles sont de qualité (et c'est le cas). Il convie les spectateurs à un moment de complicité et de partage qui ne sont pas seulement de culture.

La mise en spectacle commence dés l'accueil (seul défaut. c'est trop long) de petits groupes par les valets de Dom Juan qui les accompagnent et les placent. Au passage, ils rencontrent quelques scènes amusantes d'autres comédies de Molière. Puis vient la pièce elle même qui ne sera interrompue que par le festin offert par le maître des lieux à ses invités, nous (ou par l'orage... risque inhérent à tout spectacle en plein air).

Si André Fornier orne son Dom Juan de clins d'œil et d'accessoires, il ne perd pourtant pas son sujet et lui donne au contraire une envergure étonnante. Fabrice Pierre compose un grand seigneur ambigu à souhait insolent et joueur, dont toute la complexité s'exprime dans la scène du travestissement surgie d'un inédit d'Almodovar.

Quant à Fabrice Tallon, Il fait merveille pour s'acquérir les grâces du public séduit par son rôle de valet roublard. Il faudrait dire un mot encore de Gilles Fisseau, toujours juste. et de la beauté des costumes. etc...

Trina Mounier Lyon Poche Juillet 1999
 
     
Devinez qui vient dîner?
Pour la septième biennale du fort de Bron, André Fornier nous invite à dîner avec Dom Juan, dans une mise en scène de la pièce la plus métaphysique de Molière.

Pour gagner la clairière, lieu du spectacle, il faut parcourir des chemins ombrés par des murs de vieilles pierres, arpenter des souterrains inquiétants d'où surgissent des cuisiniers facétieux qui nous éclatent de rire au visage.

Après ces péripéties une scène apparaît entourée d'arbres et tendue de gigantesques toiles peintes. Il fait encore jour. L'ambiance a le caractère bon enfant des réunions champêtres. Sganarelle (interprété par un Fabrice Talon virevoltant) chambre les invités/ spectateurs qui prennent place maladroitement sur les gradins de bois.

Dom Juan (Fabrice Pierre) se tient recueilli. Magnifiquement vêtu de noir et de blanc, il s'élance souplement il rejette le chapeau qui dérobait ses traits aux regards. Un frisson parcourt les femmes. C'est peut-être le soir qui monte. Ou le "grand seigneur méchant homme" qui a commencé de séduire. Le personnage est fascinant Dans cette mise en scène le côté sarcastique, narquois est accentué. Dom Juan observe, ou déroule innocemment des discours diablement spécieux. Ses conquêtes multiples apparaissent comme un des éléments du vaste et suicidaire défi qu'il a lancé à Dieu et aux hommes. Sganarelle, par ses pirouettes, vient alléger la raillerie du séducteur.

Soudain les toiles s'écartent et découvrent de longues tables alignées et éclairées de chandeliers. Somptueux. Le théâtre donne faim. La chair sera roborative mais sans fantaisie. Poulet, gratin dauphinois, gâteau au chocolat. On a connu festins plus variés.

La seconde partie de la pièce offre la vision d'un Dom Juan en prise directe avec sa mort. Il feint de s'amender, joue les dévots et s'agite fébrilement. Dénudé, quasi christique, il expose une fragilité touchante. Il percute ses limites, et celles d'une époque confite en dévotion. Devant une statue de commandeur, ici sans envergure factice, il se couche.

Nicolas BLONDEAU Libération 30 Juin 1999
 
     
Une version populaire et burlesque du chef d'œuvre de Molière
Après les adaptations des grands romans populaires, André Fornier avait donné une nouvelle inflexion à la Biennale de Bron en programmant "Roméo et Juliette" de Shakespeare. Un virage périlleux, que le metteur en scène a parfaitement négocié, malgré un spectacle peu convaincant en raison d'inutiles déambulations et d'une distribution pas toujours à la hauteur de l'enjeu. Pour ce septième rendez-vous avec un public de plus en plus nombreux, André Fornier a choisi "Dom Juan".

Censurée le lendemain de sa création en février 1665, "Dom Juan" est l'une des pièces les plus engagées de Molière. Elle met en scène un jeune noble, assoiffé d'absolu et révolté contre l'ordre moral, un précurseur du siècle des Lumières, affichant une vision rationnelle de la société. Face à lui, Sganarelle représente un monde en proie à l'obscurantisme religieux.

Mais l'antagonisme de ces deux univers et les références prométhéennes ont été gommées au profit d'une lecture au premier degré, plus proche des pantalonnades de la commedia dell'arte, que d'une version originale, voire plus audacieuse. Pourquoi pas? Le parti pris a au moins le mérite de la cohérence, même si l'esprit de Molière semble sacrifier sur l'autel du grand spectacle et des effets grossiers du café-théâtre.

On peut seulement regretter que cette production ne tienne pas ses promesses. André Fornier nous conviait à ce festin de pierre, comme au dernier repas de Dom Juan, où les spectateurs joueraient malgré eux le rôle d'invités. On doit se contenter d'une longue mise en scène de l'entrée du public et à l'entracte d'un lever de rideaux sur une terrasse de château, reconstituée dans la clairière du fort de Bron, où sont dressés plus de 300 couverts pour un dîner rapide et peu digne de la magnificence du personnage.

Mais le public ne semble pas lui en tenir rigueur. D'autant plus que le metteur en scène, son scénographe André Rios et le costumier Frédéric Llinarès jouent la carte du spectacle populaire et de l'humour en s'appuyant sur une distribution plus solide qu'à l'habitude, incontestablement dominée par Fabrice Pierre et Fabrice Talon.

Le premier fait de Dom Juan, un jeune dandy, volontiers cynique, hanté par une maladie qui le ronge et qui semble accélérer l'heure de sa mort. Le deuxième titre, Sganarelle, va vers un jeu plus terre à terre, accentuant ainsi le fossé qui l'écarte de son maître. Autour d'eux signalons également le trio des paysans réunissant Marie Forissier, Hélène Pierre et Stéphane Kordylas.

A. MAFRA Le Progrès 30 Juin 1999
 
     
A ne rater sous aucun prétexte
Cette mise en scène d'André FORNIER bien aidé par des acteurs visiblement acquis â la cause, nous offre un Dom Juan d'une rare densité, réhabilité Dom Juan !
Droit et sans supercherie avec les sincères.
Egoïste, certes , mais totalement droit, comme ils (les sincères) sont peu nombreux, il use avec la plupart, avec nous, d'une grande sévérité.
Dom Juan est avant tout sincère, et donc cruel.
Pour ma part, c'est la première fois que je rencontre un tel Dom Juan, crédible, accessible, initiatique même. Le mythe s'explique, enfin limpide : pourfendre l'hypocrisie et l'insincérité, sans concession.

L'ovation debout du public, ponctue chaque soirée, qu'en privilégiés nous avons partagée.

Jean-Yves SCHRIVERS Radio PLURIEL Emission MIROIRS 22 Juin 1999
 
     
Fantasmatique
La septième Biennale du Fort de Bron a pour héros le Don Juan ou "Le festin de Pierre" de Molière. Le spectacle se déroule dans la clairière du Fort, avec une première partie très théâtrale où se mêlent situations et personnages burlesques, bouffonnerie, ironie, duels, cavalcades et rires. La deuxième partie commence à la tombée de la nuit avec le repas, le fameux "Festin de Pierre" où les spectateurs sont installés à la table de Don Juan. Le ton devient plus grave, plus métaphysique... Une scénographie surnaturelle, faite de sons, vents et fumées cinématographique et visuelle dans le cadre fantasmatique du Fort de Bron.
Télé 7 Jours - Les brèves - Juin 1999
 
     
Dom Juan nous séduit
Lorsqu'un concept fonctionne depuis un douzaine d'années, on est tenté de le poursuivre au risque de lasser. Le metteur en scène André Fornier, lui, a su faire évoluer l'événement de la biennale qui présente cette année un septième spectacle.

Dans les spectacles précédents, le public se déplaçait à l'intérieur et a l'extérieur du Fort pour aller à la rencontre des différentes scènes. Avec l'adaptation du Dom Juan de Molière, on se rapproche du théâtre traditionnel, un lieu unique sert de support à la pièce. C'est en cela que le metteur en scène a su rebondir. Au départ il s'agissait d'adaptations de romans populaires, il s'agit aujourd'hui de textes de théâtre classique. Mais, on ne peut pas monter un spectacle traditionnel dans un site aussi exceptionnel que le Fort de Bron, le cadre doit être exploité. C'est le scénographe Charles Rios qui s'est chargé de faire vivre les lieux. En première partie, des toiles peintes servent de fond à la scène et créent une ambiance intime qui lie comédiens et spectateurs dans un rapport de proximité. Pour la deuxième partie, surnaturelle, les toiles se lèvent et dévoilent le cadre verdoyant de la clairière qui prend des allures magiques. Pendant le repas, charnière du spectacle, c'est le public lui même qui occupe la scène pour partager le festin de Don Juan. Là est le charme de la mise en scène au Fort le public existe

Le progrès 13 Juin 1999
 
     
André Fornier persite et signe avec Dom Juan de Molière
Joué en décor naturel, déambulatoire au gré de l'action, la pièce ponctuée par un dîner convivial, est traitée de façon historique.

Se sachant condamné, le jeune héros décide de mettre sa mort en scène, de rejouer son passé, dans un ultime duel avec l'au-dela dont il ne réchappera pas.

Le Firago Rhone-Alpes 5 Juin 1999