i rien de tout cela n’est vrai, comme il est permis de le penser, rien du moins ne choque dans ce récit ; et si et n’est en effet qu’un roman, il a du moins un certain degré de vraisemblance. De toutes les villes qui se sont disputé le berceau d’Homère, Smyrne et Chio sont celles qui ont appuyé leurs prétentions des preuves les plus plausibles en apparence. Les citoyens de Chio se vantaient de posséder, dans la famille des Homérides, les descendants de ce poète illustre, et avaient frappé en son honneur une médaille qui représentait Homère et le fleuve Mélès sur les bords duquel on le disait né : de là le surnom de Mélésigène.
Ce qu’il y a de plus probable, au milieu de tant d’opinions différentes, c’est qu’Homère avait vu le jour près de Smyrne, que sa vie fut errante, comme celle des poètes de son temps ; qu’il visita, dans de fréquents voyages, les différentes villes grecques, composant des hymnes pour les fêtes des dieux, et récitant ses poèmes dans les assemblées religieuses et solennelles ; qu’il perdit la vue ; qu’il vécut pendant quelque temps à Chio, et qu’il mourut assez âgé dans la petite île d’Ios. Mais s’il fut réduit à l’indigence, et obligé même quelquefois de mendier un asile pendant sa vie, les Smyrnéens, Ptolémée Philopator et d’autres lui consacrèrent des temples après sa mort, et les Argiens lui rendirent des honneurs divins. L’époque où naquit ce grand poète n’est pas moins obscure. Si l’on en croit quelquesécrivains grecs, il fut contemporain du siège de Troie, et avait vu par
conséquent ce qu’il a chanté.
D’autres placent sa naissance à une époque plus rapprochée de nous de quatre-vingts, de cent, et même de plus de trois cents ans. Velleius Paterculus, qui écrivait sur la fin du règne de Tibère, vers l’an 37 de J.-C., dit que neuf cent cinquante ans se sont écoulés depuis Homère jusqu’à lui. Pline et Juvénal, qui fleurirent sous Vespasien et Domitien, en comptent près de mille ; et Solin assigne avec une sorte d’assurance l’époque de la mort d’Homère, en la fixant à la soixante-douzième année qui suivit la prise de Troie.
Dans ce conflit, ou plutôt dans ce chaos d’opinions diverses, le savant Larcher dont l’avis raisonné est une autorité en matière chronologique, établit un calcul en vertu duquel notre poète doit être né huit cent quatre-vingt-quatre ans avant notre ère ; et cette époque parait en effet plus conciliable avec les détails des arts brillants et somptueux d’un luxe très raffiné, qu’il nous retrace quelquefois, et qui semblent peu compatibles avec la grossièreté d’un siècle plus rapproché du temps de la guerre de Troie.
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