« La fraicheur de la poésie d’Homère...
Notre poésie est intellectuelle ou purement sentimentale, non pas tellurique et cosmique, non pas religieuse.
Un don qui nous est refusé, c’est la fraîcheur, et c’est bien pourquoi chez Homère elle nous charme à ce point. La nôtre sort du frigidaire. La fraîcheur d’Homère, c’est celle de la source en plein soleil, riante, jaillissante. Reines "aux bras blancs” ou “servantes aux belles joues", toutes les femmes sont sœurs de ces naïades qui s’éjouissent dans le courant, tourbillonnantes fleurs de l’eau, caressantes, caressées par l’onde. Quant aux hommes, c’est à la rude mer qu’ils demandent la fraîcheur ».
OMÈRE, le plus grand et peut-être le moins connu de tous les poètes.
Après tant de siècles, tous les détails de sa vie sont encore un objet de doute et son existence même est un problème.
Les uns le font naître en Égypte, et lui donnent pour père Damagoras et Echras et pour mère, sa nourrice, fille d’Horus, prêtre d’Isis, qui est une prophétesse. Il joue dans son lit avec neuf tourterelles, et les premiers accents de sa voix ressemblent au ramage de neuf espèces d’oiseaux.
Les autres lui accordent une origine plus illustre encore ; mais tandis que ses partisans lui composent ces brillantes généalogies et le font descendre d’Apollon même en droite ligne, ses détracteurs ne voient en lui qu’un misérable, qui mendie de ville en ville ; un plagiaire, qui parcourt le monde pour rechercher les auteurs qui avaient écrit avant lui sur la guerre de Troie ; un esprit médiocre, facilement vaincu dans sa lutte poétique avec Hésiode, etc...
La plus célèbre et la moins ridicule de ces histoires prétendues est celle que l’on a continué d’attribuer à Hérodote, malgré les doutes et les conjectures de plusieurs savants ; mais on a trouvé piquant, sans doute, que le père de l’histoire eût écrit la vie du père de la poésie, et les choses en sont restées là. Quoi qu’il en soit, puisque Strabon n’a pas dédaigné de se faire une autorité de ce roman historique, ni le savant Larcher de le traduire (voy. HÉRODOTE), nous croyons devoir en donner ici une analyse rapide.
Un certain Ménalippe, Athénien d’origine, établi à Cumes, en Ionie, eut une fille nommée Crithéis, qui, après la mort de ses parents, passa sous la tutelle de Cléanax, ami de son père. Ce Cléanax abusa du dépôt qui lui était confié et la grossesse de Crithéis s’étant manifestée, il la fit passer à Smyrne, où elle donna le jour à Homère, et fut réduite à filer de la laine pour subsister. Phémius, qui tenait à Smyrne une école très accréditée de belles-lettres et de musique, conçut de l’amour pour elle, l’épousa et adopta son enfant.
Devenu orphelin, le jeune Homère succéda aux biens et à l’école de son père adoptif, et il s’acquit bientôt une grande réputation. Mais un patron de vaisseau, appelé Mentès, le persuada de le suivre dans ses voyages. Homère, qui déjà méditait “L’Iliade”, et qui voulait acquérir par lui-même la connaissance des hommes et des lieux, ne laissa point échapper une si favorable occasion.
Après avoir vu l’Italie et l’Espagne, il descendit à l’île d’Ithaque, où il apprit sur Ulysse beaucoup de particularités.
Il voulut ensuite retourner à Smyrne, où il termina son “Iliade”. Mais la faveur publique l’avait abandonné.
Il quitta de nouveau cette terre ingrate, et erra dans plusieurs villes de l’Asie Mineure, en récitant ses vers et en éprouvant tour à tour la bonne et la mauvaise fortune. Enfin, il s’établit à Chio, où il ouvrit une école, acquit du bien, se maria, devint aveugle et père de deux filles. C’est dans cette retraite qu’il composa “L’Odyssée” ; mais ayant voulu passer en Grèce pour faire briller sa gloire sur un plus grand théâtre, il mourut dans la traversée à l’île d’Ios, une des Sporades dont les habitants lui élevèrent un tombeau sur le bord de la mer.
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