près des études d’histoires de l’art, Didier se tourne vers la musique et se forme en musicologie et en électro-acoustique entre Montpellier et Aix en Provence.
Contrebassiste, il passe très vite au rôle de compositeur et va exercer ses talents pour de nombreuses compagnies : Compagnie Eric bass, Compagnie de l’Oeil Nu, Compagnie Trans-express puis pour le Théâtre du Fust, le Festival d’Ambronay, le Théâtre archimage et pour le festival du Château de Sédières.
En devenant compositeur, il décide de fonder un studio et devient responsable du Studio de créations sonores du Château de Grignan. Il poursuit l’aventure dans cette région en fondant les Fêtes Nocturnes du Château de Grignan en 1987.
Plus récemment, il décide de fonder sa propre compagnie, la Compagnie Barbaroque qui initie de nombreux projets. C’est de cette compagnie que vient l’ensemble « Barbaroca Antiqua » qui assurera la partie musicale de cette XIIème biennale du Fort.
idier Capeille et "Le serpent d’étoiles" : Un hymne à l’oralité
"... le festival de Sédières présentera une adaptation du "Serpent d’étoiles" de Jean Giono. Construite autour d’une réunion de bergers nomades qui, une fois l’an, rejouent l’histoire de la création du Monde sous la forme d’un "concours de poésie", cette fable en musique se déroulera en plein air de manière itinérante, valorisant ainsi des sites inattendus et cachés du parc du Château de Sédières. Quelques questions à Didier Capeille, responsable de la compagnie Barbaroque, sur le "Serpent d’étoile" qu’il définit comme "un hymne à la richesse foisonnante et à la vitalité fabuleuse de l’oralité qui serpente en semant des étoiles".
Les Nouvelles : Beaucoup de vos créations sont conçues pour être présentées en plein air (le Serpent d’étoiles, l’Histoire du loup, le Carillon Céleste, etc...). Qu’est-ce qui vous motive à réaliser ces spectacles hors des lieux habituels de diffusion ?
Didier Capeille : Par goût. Par plaisir de ne pas être enfermé même si cela entraîne des complications techniques et des contraintes liées aux intempéries par exemple. C’est une vocation de "campeur" en quelque sorte. C’est le côté un peu nomade aussi.
Les Nouvelles : En présentant l’année dernière "l’Histoire du Loup" au festival de Sédières, vous avez une expérience artistique du site. Comment ce type de lieu structure la conception et la construction du spectacle ?
Didier Capeille : Habituellement, les organisateurs de spectacles nous présentent un site qu’ils aiment bien et nous demandent ce que nous pourrions y faire. L’idée du spectacle du ’Serpent d’étoiles" nous est venue en se promenant sur ce lieu, où l’on a découvert un endroit qui se prêtait idéalement pour le jouer, mais aussi en raison de la référence dans l’oeuvre de Giono à la thématique des troubadours. En effet, ce qui a motivé son écriture, au dire de l’auteur, c’est que les troubadours ont été les acteurs de la renaissance de la poésie lyrique qui avait disparu au moment de la conquête romaine.
Les Nouvelles : Vos créations semblent marier souvent des musiques très différentes (classiques, baroques, traditionnelles, intégrations d’un orgue mécanique à un ensemble instrumental...). Qu’est-ce qui vous motive à croiser les musiques et leurs acteurs ?
Didier Capeille : La curiosité. Et uniquement cela. Dans ce spectacle, on essaie de refaire une histoire de la musique qui serait un petit peu plus amusante que celle présentée habituellement. Je pense qu’il y a beaucoup de choses qui ont été écrites par pur hasard ou par nécessité, pour reprendre la grande théorie de Jacques Monod. Le hasard des gens que l’on rencontre : par exemple l’ensemble vielles-cornemuses de Philippe Destrem que nous ne connaissions pas. La nécessité : quand on est chargé de faire quelque chose et de trouver des musiciens, on fait appel à ceux qui sont à côté en tenant compte de ce qu’ils jouent et de quoi ils jouent. Par exemple, Jean Sébastien Bach a écrit ses concertos Brandebourgeois, non pas de sa propre initiative, mais en réponse à la commande d’une tête couronnée. Il s’est renseigné pour savoir ce qu’il y avait comme musiciens à la Cour, de quoi ils jouaient et comment ils en jouaient. Toute l’histoire de la musique n’est faite que de choses comme cela. Les musicologues peuvent mettre les intentions les plus nobles pour expliquer la création des œuvres musicales, mais en fait, ce sont des histoires de musicologues. En fait, depuis la fin du XVIIIe siècle, depuis le classicisme, l’artiste est sur une espèce de piédestal où il est sensé être coupé des réalités du monde alors que ce sont les réalités du monde qui, dans la majorité des cas, conditionnent son œuvre.
Les Nouvelles : La fable en musique du "Serpent d’étoiles" aborde aussi la thématique de la dynamique de la transmission orale. Pouvez vous nous en dire en peu plus à ce sujet ?
Didier Capeille : La transmission orale est la seule chose que l’on ne peut pas détruire. On peut brûler toutes les bibliothèques mais on ne peut pas quand même tuer tout le monde. Ce que l’on écrit, c’est pour les imbéciles et pour les gens qui ne savent pas, mais ce n’est pas pour les gens qui savent. Ce qui veut dire que si l’on appuie une reconstitution historique uniquement sur des écrits, on reconstitue la futilité. Et l’essentiel n’y est jamais, absolument jamais.
Les Nouvelles : Réinventer une réalité par exemple ?
Didier Capeille : Effectivement, à partir de ce qui est écrit, il faut imaginer la vérité. Je pense aussi à cette phrase de Jean Cocteau qui disait "Je suis un mensonge qui dit la vérité". Après tout, l’imaginaire de chacun, c’est sa propre vérité. Elle n’est valable que pour la personne qui l’imagine. C’est pourquoi dans nos spectacles, il n’y a pas beaucoup de lumière, on n’explique pas tout, on laisse des choses dans l’ombre. Ce n’est pas bouclé, ce n’est jamais bouclé.
Les Nouvelles : En tant que compositeur quelles sont vos sources d’inspirations ?
Didier Capeille : Je ne sais pas. Tout ce que je croise. C’est impossible à dire. Chaque fois que je croise quelque chose qui me plaît, ça me donne envie de m’en servir. Par contre, il y a des choses que je n’aime pas du tout. Par exemple ce qui est démonstratif, ce qui englobe une espèce de virtuosité, de démonstration de qualité, tout ce qui se montre.
Les Nouvelles : Philippe Destrem et son ensemble interviennent dans ce spectacle. A ce sujet, vous avez réalisé pour cet ensemble plusieurs compositions. Est-ce que cette configuration instrumentale entraîne des contraintes ou des facilités particulières dans la composition ?
Didier Capeille : La facilité, c’est que, dès qu’il se met à jouer, c’est extraordinaire, notamment en raison de la qualité des instruments en eux-mêmes. Les contraintes, je m’en suis un peu affranchi. J’écris mes compositions puis je les envoie à Philippe Destrem. Et il s’en débrouille car il connaît ces instruments mieux que moi. Il sait ce que l’on peut faire et ne pas faire. Il fait des modifications et je ne reviens pas dessus. Le travail qu’il fait, c’est sa part de création. Du coup, il est co-créateur.
Les Nouvelles : Si vous aviez à résumer en un mot votre conception de la musique ?
Didier Capeille : Le plaisir
Développement / hébergement : Scène Service - Conception / illustration : SWEB'ART - Visuel : Frédéric Reynaud